Nguyen Dan Phu, fondateur de l’école Thanh Long

Première partie de sa vie au Vietnam : 1911 – 1940

Nguyen Dan Phu

Maître Nguyễn Dân Phú naît en 1911 dans la maison de ses ancê­tres à Đa Ngưu, un vil­lage à 30 kilo­mè­tres de Hà Nội mais passe toute la pre­mière partie de sa vie dans un envi­ron­ne­ment aisé de six enfants à Hà Nội, où sa famille s’est ins­tal­lée depuis long­temps. Sa mère s’occupe du com­merce de luxe du thé au lotus et son père est ingé­nieur des mines et de l’indus­trie.

Un jour que ce der­nier reçoit des amis, il appelle le jeune Phú pour lui pré­sen­ter Cự Tốn, un maître de võ très renommé et lié à la famille impé­riale, qui lui donne immé­dia­te­ment sa pre­mière leçon. C’est le début d’une pas­sion pour les arts mar­tiaux que son père décide d’encou­ra­ger. Il demande à ses amis experts qui lui ren­dent visite d’ensei­gner leur art à son fils et fait venir des maî­tres répu­tés de tout le pays. Il commence donc dans sa jeunesse à étudier et pratiquer les arts martiaux chez lui, l’administration française en interdisant la pratique à l’époque.

Nguyễn Dân Phú aborde alors de nom­breux styles du nord du Vietnam en majo­rité chi­nois (Thiếu Lâm) comme le La Hán Quyền («boxe des saints bouddhiques»), le Mai hoa Quyền («boxe de la fleur de pru­nier») ou le Liên Hoa Quyển («boxe de la fleur de lotus»).
Il bénéficie ainsi et pendant toute la première partie de sa vie de l’enseignement direct de Maîtres réputés. Il disait détenir ses techniques martiales de trois sources :

  1. un maître vietnamien : maître Cu Tôn, le premier d’entre eux,
  2. un maître chinois (dont le nom n’est pas connu) et qui vivait juste de l’autre côté de la frontière : c’est avec lui qu’il a notamment appris son Thai Cuc (Taï Chi en vietnamien),
  3. et un autre maître vietnamien : maître Nguyen Hoa (disciple de Ba Cat, lui même disciple du Maître chinois Haï Trao, lignée Shaolin et condisciple de Han Baï).

Durant toute cette période, Nguyễn Dân Phú vit une jeu­nesse dorée par­ta­gée entre l’entraî­ne­ment et ses amis, avec qui il par­ti­ci­pera à de nom­breux com­bats entre pra­ti­quants de võ ou pour défen­dre, dit-on, l’hon­neur des jeunes filles de son quar­tier. Il acquiert ainsi une répu­ta­tion d’excel­lent com­bat­tant à Hà Nội.

Le départ pour la France en 1940

Nguyen Dan Phu dans les années 40

Il quitte Hanoï à 29 ans pour s’enrôler dans l’armée française en tant qu’interprète pendant la seconde Guerre mondiale. Blessé grièvement au combat, et lorsque son frère aîné, Dan Giam, rentre de France après des études à la Sorbonne, il émet le souhait de découvrir le pays qui l’a enchanté. Il décide alors d’aller s’installer en France peu après la fin des hostilités. Combattant d’exception, il était surnommé au VietNam « Daï Viet Thanh Long » (le plus souvent traduit par « le Suprême, l’invincible Dragon Vert »).

En 1940, il embar­que donc pour la France en tant qu’inter­prète pour les contin­gents d’ouvriers que le gou­ver­ne­ment fran­çais fait venir d’Indochine pour tra­vailler dans ses usines d’arme­ment. Après la guerre, il s’ins­talle à Montluçon et ouvre une bou­ti­que de pho­to­gra­phie. Il n’ensei­gne les arts mar­tiaux qu’occa­sion­nel­le­ment jusqu’à ce que ses fils mani­fes­tent un inté­rêt pour le karaté qui com­mence à émerger.

L’enseignement et le développement de son art : 1947

Encouragé également par les succès du Judo, il commence dès 1947 à enseigner à quelques disciples un savoir épuré en autodéfense principalement acquis à Hanoï et à la frontière chinoise.

Il crée donc une pre­mière école qu’il nomme Mai hoa Quyền, dans laquelle sont abor­dées essen­tiel­le­ment les endur­cissements, les posi­tions et les appli­ca­tions des tech­ni­ques de combat. Elle ne compte au départ que quel­ques élèves en plus des huit fils du maître.
Au fur et à mesure, Nguyễn Dân Phú intè­gre à son ensei­gne­ment des quyền, des leçons et l’étude des armes, codi­fiant et enri­chis­sant ce qu’il a appris dans sa jeu­nesse.

Symbole de l’école Thanh Long

De ces apports techniques chinois et vietnamien, et par le fruit de ses recherches, il synthétisa et créa son propre style : le style « Thanh Long » qui signifie Dragon Vert (ou Dragon d’eau), en rapport avec son surnom. Cet enseignement se diffusa discrètement à travers la création en 1958 de sa propre école (dénommée « Thanh Long Vo Duong » soit « l’Ecole du Dragon Vert » -littéralement Ecole / Académie d’Art Martial du Dragon d’Eau ).

Au fil du temps, l’Ecole Thanh long  » Vô Duong Thanh Long  » s’est structurée et répandue. Une des grandes forces de son école fut sa structuration pyramidale, permettant de réserver à chacun une place et un rôle précis. De ce fait, le culte des anciens était respecté dans la pure tradition confucéenne asiatique. Déjà, les niveaux de pratique martiale étaient hiérarchisés de la manière suivante : une ceinture blanche (de 0 à 4 CAP = barrettes vertes déposées en bas de ceinture), ensuite une ceinture noire puis une ceinture verte qui représentait le symbole du disciple du Maître NGUYEN DAN PHU. Ce grade de Ceinture Verte donnait le titre de « Thanh Long » à celui qui la revêtait car il était alors considéré comme porteur des valeurs et représentatif de l’Ecole.

Vers les années 66/68, les fils du Maître et les plus anciens élèves ouvrirent des salles et, durant les temps qui suivirent, l’Ecole se développa avec l’aide notamment de cette génération des « Thanh Long ». Durant une quinzaine d’années l’Ecole Thanh long fut soudée et une dynamique particulière portait son expansion et le travail des disciples du Maître.

La « grande époque », pour les élèves de cette période, furent les années 75 à 85 durant lesquelles l’Ecole Thanh Long, sous la direction de Maître Phu, connu un bon essor et une bonne cohésion. Le vocabulaire « Ancienne Ecole Thanh Long », employé parfois aujourd’hui, fait référence à cette période de son histoire.

L’intégration de techniques éparses sino-vietnamiennes

Maître Nguyen Dan Phu a repris dans son école les techniques martiales très anciennes des 18 mouvements de base de l’école de Shaolin (Thieu Lam en vietnamien) et des 72 techniques du moine DA MO (Bodhidharma) ainsi que les formes des 8 Pakua.
Les techniques du nord vietnam et du Sud de la Chine seront très présentes dans le style Thanh Long qui privilégie le travail des membres supérieurs : poings, marteaux, pioches, saisies, tranches, piques, coudes, paumes, endurcissements, « mains molles » et blocages cassants.

Toujours attentif et à la recherche de techniques efficaces, Maître Nguyen Dan Phu s’est entouré de toutes les sources d’enrichissement martial, il n’en excluait aucune, quelles que soit leurs origines, y compris pugilistiques.

Un art martial complet, interne et externe

L’aspect interne de la pratique de l’école du Dragon Vert résidait dans le travail respiratoire et énergétique autour de trois axes principaux : Thuat Duong Lao, Bat Quaï Chuong et le Taï Cuc.

En effet, grâce au Dr CHIN Shing Pok, expert en Taiji chinois, et disciple de l’Ecole Thanh Long, Maître Dan Phu découvrit le livre de Jiang Rongqiao. Il se remémora alors de nombreux mouvements qui étaient enfouis dans sa mémoire, mouvements qu’il intégra dans son enseignement. Il avait une haute considération de la valeur de cette pratique. Cette technique représente l’aspect interne de la pratique de l’école du Dragon Vert et se révèle en fait être une forme de l’art martial chinois Bagua Zhang.

Maître Phu a ainsi étudié divers styles en majorité chinois, qui ont historiquement la même origine : Shaolin (Thieu Lâm en vietnamien).
Il n’omettra pas non plus d’intégrer dans son enseignement l’étude des armes traditionnelles, dont notamment le bâton (Bong) (court, moyen ou long), une de ses armes de prédilection, mais aussi les fléaux (Long Gian), le sabre (Dao), l’épée simple ou double (pour les féminines) (Kiem), la hallebarde (Daï Dao), la lance (Giao Kic)…
Il encouragea également, sans pour autant obliger qui que ce soit, aux combats de type assaut/boxe. Des compétitions eurent lieu et amenèrent notamment son premier élève, Maître Ramon AGUILAR, en finale du Championnat de France de KARATE.
En cela, toutes les formes martiales pouvaient être abordées.

La Fédération Française de VIET VO DAO : consécration de son engagement

Il est co-fondateur en 1973 et doyen de la Fédération Française de Viet Vo Dao aux côtés de son ami maître Hoang Nam et des maîtres Pham Xuan Tong, Nguyen Trung Hoa , Bui Van Thinh, Tran Minh Long, Tasteyre Tran Phuoc et Phan Hoang.

C’est à partir de cette période que « l’Ecole du Dragon Vert » prit véritablement son essor. Plus tard, à titre honorifique, il fut nommé Maître Patriarche du Viet Vo Dao en France, avec le grade de 10ème Dang. De cette fédératuion naîtra notamment un programme officiel de quyens établit par ou pour chaque Maître fondateur, selon sa sensibilité.

Les courants issus du THANH LONG VIET VO DAO

Il enseignera tout de même jusqu’en 1998 à quelques privilégiés en ayant voué sa vie au perfectionnement et à l’enrichissement de son art. Soucieux d’en organiser la pérennité, il fondera officiellement et de son vivant, huit écoles, à la tête desquelles il nomma chacun de ses 8 fils. Symbole de cette décision, une stèle a été déposée à Da Gnuu, le village natal du Maître. Il aura eu 8 fils et 3 filles.

En 1991, Maître Phu, se retirant progressivement de l’enseignement depuis le début des années 90, vit notamment ses fils activer trois de ces huit écoles de son vivant, puis une quatrième s’activera en 2011 : Thanh Long Son Hai (La montagne et la mer, Nguyen Dan Hung, Michel), Thanh Long Dong Haï (La mer de l’est, Nguyen Dan Binh, Serge), Thanh Long Truong Son (La chaîne des montagnes, Nguyen Dan Viet, Gérard), Thanh Long Nam Son (La montagne du Sud, active à partir de 2011 de Nguyen Dan Minh, Gilles et soutenue par la fille cadette de NGUYEN DAN PHU, Sarah).

Les quatre autres écoles n’accueillent à ce jour aucun élève officiellement (Ecole Thanh Long BAC HAI – La mer du Nord de NGUYEN Dan Luc, François ; Ecole Thanh Long NAM HAI – La mer du Sud de NGUYEN Dan Ton, Daniel ; Ecole Thanh Long TAY HAI – La mer de l’ouest de NGUYEN Dan Long, Alain ; Ecole Thanh Long TAM SON – Les 3 montagnes de NGUYEN Dan Viet, Christian).

Il disparut le 28 juin 1999, à l’âge de 88 ans, laissant derrière lui une œuvre dont l’héritage est revendiqué chaque jour par bon nombre de ses disciples. On dénombre à ce jour près d’une vingtaine d’écoles qui seraient issues directement ou indirectement du Thanh Long ou influencées plus ou moins fortement par le Thanh Long : Cuu Mon (A. GAZUR), Son Long (C. KAOUDJI), Mien Phi Long (F. LAURENT), Hu Ying Dao (SHENG), Bach Ho (M. CHAPUIS), Song Long (F. BRASSECASSE), Tam Tao Mon Phaï (M. BREMONT), Vo Long Haï (G. TRAN GIAC), Tam Long (C. NGUYEN), Dong Fang Hong Long (B. MILOVANOVIC), Cepam Dragon Vert (F. FOURNIER), Chan Dien (A. KELICHE), Ho Bao Phuong Hoang (J. VALERY), Hoa Thien Duong (G. GONCALVES), Zhong Long (A. KERICHARD), Sheng Zhi Qi Dao (E. NANG), Lan Long Yu Lin (J-M. RAGON)…
Tous s’accordent à le reconnaître, et jusqu’à son dernier souffle, Maître NGUYEN Dan Phu, « Lao Su Daï Viet », était un pratiquant de génie, généreux, toujours prêt à apprendre, à confronter et à transmettre.