Taiji Quan (Tai Chi Chuan) style Yang 杨式, Wu 吳式, Chen 陈式, et Bagua Zhang à Bayeux

Taiji quan Chen : nouvelle et ancienne forme

Chen shi Taiji quan yilu

Histoire des « 74 shi » dits « laojia yilu »(老架一路七十四式) et des « 83 shi », dits « xinjia yilu » (新架一路ハ十三式) Quand des débutants apprennent le Taji quan style Chen, on commence presque toujours par la première forme (yilu). Rien que pour l’apprentissage de la 1ere forme, il faut de 3 ans à 20 ans, sinon plus, selon le nombre d’heures de travail par jour. Mais le problème pour cette forme, c’est qu’il existe deux variétés différentes : « 74 shi » dite forme ancienne et « 83 shi » dite forme nouvelle (shi correspondant en français « mouvements »). A Chenjiagou (village fondateur du Taiji quan) on commence toujours par 74 shi puis 83 shi, tandis qu’à Beijing (Pekin) ou à Shanghai souvent par 83 shi. Un débutant peut être perdu, surtout s’il n’y a pas d’explication, car ces deux variétés sont différentes. Les grands maîtres actuels, comme Chen yu 陈瑜 (fils de Chen zhaokui 陈照奎 et petit fils de Chen fake 陈发科) et Ma ho 馬虹 (élève direct de Chen zhaokui, il a écrit de nombreuses publications pratiques et théoriques) revendiquent toujours l’originalité des « 83 shi », tout en ignorant complètement les « 74 shi », car pour eux, ce sont les « 83 shi » les plus authentiques. La tendance actuelle est de considérer que les deux variétés doivent coexister comme un patrimoine d’égale valeur.

Dans mon expérience personnelle, j’appris les « 83 shi » à Hong Kong pendant mon jeune âge avec un vieux Maître, élève de Chen fake, et qui ne connaissait que cette variété. Quand j’ai rencontré pour la première fois le Maître Wang Xian à Paris en 1990 et que j’ai suivi ses stages presque tous les ans lors de ses séjours en France, il n’enseignait souvent qu’une partie des « 74 shi », sauf les dernières années où il commença à enseigner une partie des « 83 shi ».

Je vais essayer d’éclairer ici l’historique de ces deux variétés :

1 – les « 74 shi » et les « 83 shi » de la première forme sont issus de la même origine.

2 – les « Chen shi taijiquan laojia yilu » 老架一路 furent transmis par Chen wangting 陈王庭 (1600-1680), codifiés par Chen changxing 陈長興 (1771-1853), enseignés par Chen fake 陈发科 (1887-1957) et Chen zhaopi 陈照丕 (1893-1972). C’est le livre de Chen zhaopi « À la source du Chen shi Taiji quan » 陈氏太極拳滙宗, édité en 1935, qui a immortalisé les « 74 shi » en les codifiant. Chen zhiaopi a été formé par trois personnes :

  • Chen yanxi 陈延熙 (1827-1908), son grand oncle, médecin qui enseigna le taiji quan pendant dix ans aux gardes du corps du gouverneur de la province de Shandong, Yuan shikai 袁世海(1859-1916). Yuan fut ensuite Président de la République et en 1915 il se proclama Empereur de Chine.
  • Chen xin 陈鑫 (1849-1929) son 2ème grand oncle, réputé comme théoricien de Taiji quan.
  • et surtout son oncle Chen fake 陈发科 (1887-1957), connu comme le fondateur des « 83 shi ».

Chen zhaopi fut commerçant, apothicaire et professeur de wushu (arts martiaux) dès l’âge de 20 ans dans son village puis à beijing (Pékin).

En octobre 1928 deux de ses compatriotes du Henan firent passer dans un « journal de Beijing » un article décrivant le Taiji quan de la famille Chen. A cette époque celui de la famille Yang était déjà connu à Beijing. L’article annonçait aussi que Chen zhaopi monterait une estrade (leitan 雷臺) à la porte du sud (nanmen), pour y faire quelques démonstrations et selon la tradition de l’époque accepter tous les défis qui se présenteraient. Pendant les 17 jours de son exhibition, il ne connut point la défaite !

Il fut invité avec un gros salaire par le Maire de Nanjing et devint professeur du fameux « Institut national de wushu de Nanjing » en 1929 et demanda à son oncle Chen fake venant de village Chenjiagou de le remplacer pour l’enseignement Taiji quan à Beijing (pékin).

Lors de la guerre sino-japonnaise (1937-1945), il participa à la résistance contre les envahisseurs.

Après son départ vers 1928 et celui de Chen fake, les villageois Chenjiagou ne pratiquant plus le taiji quan familial, Chen zhaopi décida donc de revenir dans son village d’origine en 1958 pour diffuser l’art des Chen dans la population. Il forma ainsi les jeunes élites comme Chen xiaowang 陈小旺 (1946- ), Chen zhenglei 陈正雷 (1949- ),Wang xian 王西安 (1944-) et Zhu tiancai 朱天才(1944- ). Ce sont eux qui ont classé ,vers 1983-1985, (cf. préface de Chen xiaowang dans son livre « Chen shi Taiji quan familial  » 世傳陈式太极拳, édité en 1985) le Chen shi taiji quan dit « laojia » (老架 selon leurs enseignements reçus de Chen zhaopi avant 1972 et « A la source de Chen shi Taiji quan » 陈氏太極拳滙宗 écrit et édité en 1935 par Chen zhaopi (cf. le texte plus haut).

3 – Chen fake et son neveu Chen zhaopi étaient apparemment séparés de 1930 à 1957. Chacun enseignait de son côté. Les « 83 shi » furent donc développés aussi à partir de codification de Chen changxing par Chen fake puis par son fils Chen zhaokui 陈照奎 (1928-1981). Ses élèves se dispersent partout et parmi eux les plusconnus : Shen jiazhen 沈家桢 (1891-1972), Gu liuxin 顧留馨 (1908-1990), Lei muni 雷慕尼, Tian xinchen 田秀臣 (1917-1984), Hong junsheng 洪均生 (1907-1996), Feng zhiqiang 馮志强 (1928- ).

Après la mort de Chen fake en 1957, un livre « Chen shi Taiji quan » 陳式太極拳 a été écrit et édité par ses deux élèves Shen jiazhen et Gu liuxin en 1963, ce livre a immortalisé les « 81 shi » yilu (1e forme) et « 71 shi » erlu , panchui ( 2e forme) enseignées par Chen fake. On dit actuellement « Chen shi taiji quan xinjia »陈式太极拳新架.

A noter qu’après le décès de Chen zhaopi en 1972, les quatre élites « Bouddha » de Chenjiagou( Chen xiaowang, Chen zhenglei, Wang xian et Zhu tiancai) apprenaient également les formes de Chen fake dites « xinjia«  新架 au moins pendant huit années auprès de Chen zhaokui ( le fils de Chen fake).

Cependant la réputation des armes reste toujours connue à Chenjiagou, même Chen zhaokui y retourna en 1965 pour apprendre ou se perfectionner dans les armes auprès de son cousin Chen zhaopi.

4 – les « Chen shi Taiji quan laojia yilu 74 shi  » sont comparés avec les « Chen shi Taiji quan xinjia 83 shi » Deux écrits classiques sont les témoins indiscutables de référence de cette évolution : « A la source de Chen shi Taiji quan » 陈氏太極拳滙宗 Chen Zhaopi, 1935 et « Chen shi Taiji quan » 陳式太極拳 de Shen jiazhen et Gu liuxin, 1963. Chen fake est remarqué sur les trois mouvements originaux :

  • « les trois changements des mains » (N°20 de 83 shi)
  • « reculer et presser le coude » (N°23 de 83 shi)
  • « enroulement médian » (N°24 de 83 shi)

Ces trois mouvements sont répétés encore une fois : N° 45 de 83 shi, N° 62 de 83 shi, N° 63 de 83 shi.

Puis les trois mouvements sont individualisés :

  • « incliner le corps avec coup d’épaule » (N°17 de 83shi)
  • « les deux pieds ébranlent la terre » (N°53 de 83 shi)
  • « fin de l’enchaînement » (N° 83 de 83 shi).

En final les 74 shi, plus ces 9 shi, deviennent 83 shi. Malgré les différences de chaque mouvement (la subtilité technique concernant les membres et le corps, les applications explosives) entre « 74 shi » et « 83 shi », on reconnaît le déroulement dans le même ordre.

D’autre part, un connaisseur doit pouvoir immédiatement reconnaître le pratiquant de telle école en se référant à certaines manières d’exécution (les passages entre 43 et 44; 50 et 51; 72 et 73 des 83 shi sont un bon exemple).

Dr. shing-pok CHIN

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